Un déficit foncier ne s’impute sur le revenu global qu’à hauteur de 10 700 euros par an, le surplus restant reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes. Cette limite ne s’applique toutefois pas aux intérêts d’emprunt, qui ne sont jamais imputables sur le revenu global.
L’administration fiscale trace une frontière nette entre les charges déductibles, en fonction de leur nature et de leur impact sur l’imposition. Respecter les règles de calcul conditionne l’efficacité d’une stratégie d’optimisation : une erreur et le fisc peut rapidement réclamer son dû. Miser sur des outils de simulation pertinents permet d’anticiper les économies réalisables et de piloter le report année après année.
Déficit foncier : comprendre le mécanisme et ses enjeux pour les propriétaires
Le déficit foncier s’affirme comme un outil fiscal de poids pour chaque propriétaire bailleur qui opte pour la location nue au régime réel. Lorsque les charges déductibles (hors intérêts d’emprunt) dépassent les revenus fonciers, le solde négatif peut s’imputer, à certaines conditions, sur le revenu global. Cette mécanique distingue la fiscalité de la location nue de celle de la location meublée, qui relève des BIC et échappe totalement à ce dispositif.
Impossible de générer un déficit avec le régime micro-foncier : ici, seul un abattement forfaitaire de 30 % s’applique, les charges réelles sont ignorées. Seuls ceux qui choisissent le régime réel accèdent à l’imputation du déficit foncier. Ce choix les engage pour trois ans. Le plafond d’imputation sur le revenu global atteint 10 700 € par an, montant doublé à 21 400 € pour les travaux de rénovation énergétique réalisés entre 2023 et 2025 (DPE E, F ou G transformé en A à D). Quant au surplus, il reste reportable sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
Pour profiter de cet avantage, le bien doit absolument rester en location nue pendant trois ans : vendre, changer d’usage ou basculer en location meublée avant ce délai annule le bénéfice fiscal obtenu. Les SCI à l’impôt sur le revenu sont éligibles à cette stratégie, contrairement aux SCI relevant de l’IS. Même le nu-propriétaire peut, dans certaines circonstances, bénéficier du déficit, à condition que les dépenses concernent un bien loué par l’usufruitier et participent à sa conservation ou son acquisition.
Loin d’être une simple niche, ce mécanisme cohabite avec d’autres dispositifs : Pinel, Malraux, Loc’Avantages… Articuler ces solutions permet de piloter efficacement la fiscalité de l’investissement immobilier et d’optimiser l’imputation du déficit foncier sur le revenu global et les revenus fonciers à venir.
Quelles sont les méthodes de calcul du déficit imputable sur les revenus fonciers ?
Pour calculer le déficit foncier imputable, additionnez toutes les charges déductibles : travaux d’amélioration, de réparation ou d’entretien (jamais de construction ou d’agrandissement), taxe foncière, charges de copropriété non récupérables, assurance propriétaire non occupant, garantie loyers impayés, frais de gestion, primes d’assurance, frais de procédure ou indemnité d’éviction.
Soustrayez ensuite ce total à vos revenus fonciers annuels (loyers charges comprises, hors dépôt de garantie). Un résultat négatif ? Voilà votre déficit foncier. Attention toutefois : les intérêts d’emprunt font l’objet d’un traitement particulier : ils ne viennent en déduction que des revenus fonciers, jamais du revenu global.
Seule la part du déficit hors intérêts d’emprunt peut réduire le revenu global, dans la limite de 10 700 € chaque année, ou 21 400 € en cas de rénovation énergétique visant à sortir le logement du statut de passoire thermique (DPE E, F ou G transformé en A à D de 2023 à 2025). Le surplus, comme la part liée aux intérêts d’emprunt, ne se reporte que sur les revenus fonciers des dix années suivantes.
Les éléments suivants permettent de clarifier les critères à respecter :
- Charges déductibles : uniquement celles destinées à conserver le bien loué
- Travaux éligibles : amélioration, réparation, entretien (jamais agrandissement)
- Intérêts d’emprunt : imputables exclusivement sur les revenus fonciers
- Déficit déductible du revenu global : 10 700 € (ou 21 400 € si rénovation énergétique)
- Report du déficit : uniquement sur les revenus fonciers des dix années suivantes
Une fois le calcul effectué, la fiscalité s’applique : impôt sur le revenu selon votre tranche marginale, accompagné des prélèvements sociaux de 17,2 % sur la base imposable.
Conseils pratiques et outils pour optimiser et simuler votre déficit foncier
Optimiser le déficit foncier commence par une revue minutieuse des charges engagées. Privilégiez les dépenses d’entretien, de réparation et d’amélioration, seules reconnues pour l’imputation sur les revenus fonciers puis, dans la limite réglementaire, sur le revenu global. Les travaux de construction ou d’agrandissement sont systématiquement écartés : chaque dépense doit être qualifiée avec attention, sous peine de voir l’administration fiscale remettre en cause la déduction.
Pour renforcer l’impact fiscal, il est judicieux de regrouper ses travaux sur une même année : cette organisation permet de dépasser le seuil des 10 700 € ou de bénéficier temporairement du plafond doublé à 21 400 € pour la rénovation énergétique (DPE E, F ou G vers A à D jusqu’en 2025). Conservez impérativement le bien en location nue pendant trois ans après l’imputation : toute revente ou changement d’usage peut remettre en cause l’avantage obtenu.
La déclaration du déficit foncier nécessite de compléter le formulaire 2044 à annexer à la déclaration 2042. Pour les investissements en SCI, attention au régime d’imposition : seules celles à l’impôt sur le revenu permettent d’utiliser le déficit foncier, jamais celles à l’IS. Être accompagné par un expert-comptable ou une structure spécialisée aide à distinguer les charges éligibles et à anticiper la gestion du report sur dix ans.
Pour affiner sa stratégie, il est possible de simuler l’impact du déficit via divers outils en ligne proposés par l’administration fiscale ou certains professionnels de l’investissement locatif. Ces simulateurs prennent en compte loyers, charges, intérêts d’emprunt et report éventuel, pour une vision précise du gain fiscal envisageable. Pour ceux qui cherchent la simplicité et la mutualisation, les SCPI de déficit foncier peuvent représenter une solution clé en main, avec le bénéfice d’une gestion collective et d’une déclaration simplifiée.
Maîtriser le déficit foncier, c’est se donner les moyens de piloter sa fiscalité immobilière sur la durée, ajuster ses arbitrages et transformer chaque euro investi dans l’entretien de son patrimoine en levier d’optimisation. Un jeu de stratégie, où l’anticipation fait toute la différence.


